Ce mercredi 2 avril, Moscou a connu une activité diplomatique exceptionnelle. Dans les couloirs d’un édifice moscovite, les ministres des Affaires étrangères de la Confédération des États du Sahel (AES) – leurs excellences Abdoulaye Diop du Mali, Bakary Yaou Sangaré du Niger et Karamoko Jean Marie Traoré du Burkina Faso – se sont réunis pour une séance de travail préparatoire historique. Cette réunion, élargie aux membres de leurs délégations respectives, a précédé les consultations inaugurales entre l’AES et la Fédération de Russie, prévues pour les 3 et 4 avril. Sous la présidence éclairée du chef de la diplomatie malienne, cet échange a jeté les bases d’un dialogue confédéral visant à établir une voix unifiée face aux défis contemporains.

Une harmonie diplomatique en gestation

L’objectif de cette assise préparatoire était clair : polir les contours d’une rencontre qui marquera l’entrée en scène de l’AES comme acteur cohérent sur l’échiquier international. Abdoulaye Diop, figure tutélaire de cette initiative, a orchestré une revue minutieuse des enjeux communs, allant de la sécurité régionale à la souveraineté économique. Cette séance a également cristallisé la détermination des trois nations sahéliennes à transcender leurs singularités et à s’exprimer d’un timbre collectif, créant ainsi une trame stratégique pour les discussions avec leurs homologues russes.

AES : Un partenariat aux ambitions vastes

La première session des consultations AES-Russie, qui débute sous les auspices de cette préparation, incarne l’aspiration à établir un pont durable entre les steppes sahéliennes et les plaines eurasiatiques. Pour le ministre Diop, ces échanges visent à poser les fondations d’un cadre de concertation pérenne. Il a déclaré : « Ces premiers pas permettront d’édifier une architecture de dialogue au service des intérêts mutuels, pour le bien-être de nos peuples ». Les domaines d’intérêt tels que la sécurité, le développement économique et la coopération technologique seront au centre des discussions entre l’AES, qui représente 72 millions d’habitants, et la Russie.

Un contexte géopolitique en ébullition

Cette initiative s’inscrit également dans un contexte plus vaste, où les États du Sahel (Mali, Niger et Burkina Faso) reconfigurent leurs alliances après des années de turbulences. Née le 16 septembre 2023 d’un pacte de défense mutuelle, l’AES s’est muée en confédération le 6 juillet 2024, soutenue par des militaires au pouvoir. Ce virage, marqué par un retrait de la CEDEAO et une rupture avec les partenaires occidentaux, notamment la France, illustre une quête de souveraineté. La Russie, avec son offre de soutien militaire et son positionnement anti-occidental, se présente comme un allié clé dans cette réorientation stratégique.

AES : une voix confédérale face au monde

L’harmonisation des postures diplomatiques, leitmotiv de cette rencontre à Moscou, est cruciale pour défendre les intérêts confédéraux dans un environnement international en mutation. Les ministres Sangaré et Traoré, aux côtés de leur homologue malien, ont réaffirmé leur ambition de faire de l’AES un bloc solide et influent dans les négociations internationales. Cette unité, encore en formation, servira de socle pour une coopération avec Moscou, englobant des projets d’infrastructures, d’énergie et d’éducation, en plus des préoccupations sécuritaires.

Un horizon aux contours incertains

À l’approche de cette rencontre historique, les regards se tournent vers les résultats attendus. Les délégations sahéliennes, armées de leur préparation, s’apprêtent à dialoguer avec Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe, dans une atmosphère d’attentes vastes et de défis. Ils devront transformer cette session en un levier pour leurs ambitions souveraines, ou risquer que ce rendez-vous ne soit qu’une étape de plus dans un parcours difficile. L’issue de ces consultations reste une énigme dont le dénouement se dessinera dans les jours à venir.

By Ibrahim