La tension monte entre Tripoli et Niamey. Le Gouvernement d’unité nationale (GUN) libyen, reconnu internationalement, accuse les autorités nigériennes d’avoir remis deux de ses ressortissants aux autorités rivales de l’Est. La crise diplomatique s’intensifie entre menaces d’expulsions massives et pressions politiques, plongeant plus d’un million de Nigériens dans une situation précaire.
Le jeudi 26 février 2026, une « note verbale » énergique a été adressée aux diplomates nigériens en poste en Libye. Le ministère libyen des Affaires étrangères, dirigé par le gouvernement de Tripoli, exprime son indignation après le transfert de deux citoyens libyens, MM. Bahr al-Din et al-Qallal, aux mains de Benghazi, loyale au maréchal Haftar.
Pour Tripoli, cet acte constitue une violation des normes diplomatiques et une atteinte à sa souveraineté, Niamey ayant traité avec une entité jugée « non reconnue ».
Un million de Nigériens dans le viseur de Tripoli
En réponse rapide, Tripoli adopte une position de chantage migratoire. Les autorités libyennes menacent de reconsidérer le statut juridique des ressortissants nigériens sur son sol. Cette diaspora, estimée à plus d’un million de personnes et pilier économique pour de nombreuses familles au Niger, pourrait voir ses titres de séjour annulés.
Le document officiel évoque également la possibilité de traiter ces citoyens comme des migrants clandestins, entraînant arrestations, poursuites pénales et reconduites à la frontière.
L’ombre d’un soutien à l’opposition nigérienne
La crise prend une dimension politique en touchant directement le pouvoir à Niamey. Tripoli menace de soutenir les opposants au Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). En invoquant le « principe de réciprocité », la diplomatie libyenne suggère qu’elle pourrait devenir une base arrière pour contester le pouvoir militaire nigérien.
Cette escalade survient alors que des remous internes sont signalés à Niamey, avec des autorités mentionnant l’implication présumée de hauts dirigeants du pouvoir, notamment au sein des directions de cabinet de la présidence et du ministère de l’Intérieur. Des soupçons de transactions financières opaques et une série d’interpellations au sein de la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE) compliquent encore la situation.
Une responsabilité partagée ?
Tripoli prévient : le Niger sera tenu responsable de tout traitement inacceptable réservé aux deux Libyens transférés vers l’Est. Le gouvernement libyen indique que des mesures coercitives plus strictes pourraient être activées en cas de récidive dans sa coopération avec Benghazi.
A Niamey, le silence des autorités officielles persiste alors que l’inquiétude croît parmi les familles de ceux qui vivent et travaillent en Libye. Cette prudence diplomatique cache des enjeux cruciaux ; si Tripoli passe à l’acte, cela provoquerait un choc humain et économique important pour un Niger déjà fragilisé.
Dans cette confrontation mêlant rivalités libyennes, enjeux politiques et pression migratoire, chaque geste peut avoir des conséquences irréversibles. La question demeure : Niamey optera-t-il pour l’apaisement ou pour une confrontation directe ? Une chose est claire : la crise a dépassé le cadre des chancelleries pour devenir un enjeu stratégique régional majeur.