Mardi 25 mars, une offensive fulgurante attribuée à l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) a semé le désespoir dans les villages de Sangara et Molia, au cœur de la région de Tillabéri, à l’ouest du Niger. Deux civils ont péri sous les assauts des envahisseurs, des troupeaux entiers ont été rasés et les demeures ont été réduites en cendres. À bord d’une escouade de motocyclettes, les assaillants ont déferlé sur ces hameaux paisibles, laissant les habitants dévastés, leurs biens, durement acquis, anéantis en un instant.
L’EIGS : une furie calculée dans un bastion d’instabilité
Les témoignages rapportés par les autorités militaires dépeignent une scène d’une sauvagerie méthodique : les motos, vrombissant dans la poussière, ont servi d’outil pour briser les fondements de la vie communautaire. Les flammes, dévorant les toits de chaume, ont englouti les espoirs des villageois tandis que le bétail, essentiel à leur survie, disparaissait. Cette tactique, loin d’être fortuite, s’inscrit dans la stratégie des groupes jihadistes qui infesteront depuis des années cette région frontalière entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso.
La région de Tillabéri, par sa position géographique exposée, est devenue un théâtre d’affrontements où prospèrent les factions armées. L’EIGS, fer de lance de cette nébuleuse, trouve un refuge exploiter les failles d’une gouvernance fragile et les chemins sinueux de zones mal surveillées. Ce raid, au-delà de sa brutalité, représente une logique de prédation et d’intimidation cherchant à soumettre les populations par la peur et la privation.
Un Sahel à feu et à sang à cause de l’EIGS
L’incursion à Sangara et Molia n’est qu’un écho dans le tumulte d’une région ravagée par une montée inexorable de la violence. Le 21 mars, aux alentours de 14 h à Fambita, une autre localité nigérienne, 44 civils ont été massacrés et 13 autres blessés, dont 4 graves, lors d’une offensive de l’EIGS. Ces assauts croissants témoignent de l’audace des organisations jihadistes qui, renforcées par l’instabilité politique et le retrait des contingents internationaux, étendent leur emprise sur des territoires exsangues.
L’étau de la misère et de la terreur
Pour les habitants de Sangara et Molia, les pertes vont au-delà du décompte macabre des victimes. Les bêtes emportées (chèvres, vaches, moutons) représentaient non seulement un cheptel, mais étaient aussi le socle d’une économie de subsistance et une protection contre la famine dans une région déjà touchée par la sécheresse et la pauvreté. Les foyers réduits en cendres laissent des familles démunies, souvent isolées dans leur souffrance, aggravée par l’éloignement géographique. Cette entreprise de dévastation, touchant le cœur de la résilience villageoise, reflète une volonté implacable d’anéantir toute forme de résistance.
Face à cette menace protéiforme, les forces nigériennes, épaulées par des alliés régionaux, peinent à retrouver l’avantage. Les opérations militaires, bien qu’appuyées, s’enlisent dans un terrain hostile où l’ennemi, mobile et insaisissable, échappe aux dispositifs de défense. Les analystes mettent en lumière des maux endémiques tels que l’indigence, les fractures sociales et le désœuvrement qui alimentent le terreau du jihadisme, rendant chaque victoire de courte durée. À Sangara et Molia, comme ailleurs, la population, prise entre les exactions des assaillants et l’impuissance des autorités, demeure la première victime d’un conflit qui les dépasse.
Un horizon voilé d’incertitudes
Cette tragédie met en lumière l’urgence d’une réponse qui dépasse l’aspect militaire : comment briser le cycle infernal qui enchaîne le Sahel à la désolation ? Les gouvernements locaux et les acteurs régionaux sauront-ils unir leurs efforts pour offrir à ces terres martyrisées un répit durable ? Le destin de ces villages, miroir d’un drame plus vaste, demeure suspendu à des lendemains incertains.