Cotonou, dimanche 24 mai 2026 – En dehors du protocole républicain et du passage de témoin entre Patrice Talon et Romuald Wadagni, l’investiture du nouveau chef de l’État béninois au Palais des Congrès a pris une tournure géopolitique significative. Cet événement a été marqué par un signal diplomatique fort : la présence symbolique de délégations de haut niveau des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES : Niger, Mali, Burkina Faso).

Alors que les relations entre Cotonou et ses voisins du Sahel étaient tendues ces dernières années, cette visite commune marque un tournant, amorçant un dégel stratégique sous la présidence de Wadagni.

Le pragmatisme sahélien au cœur du palais

À 10 h 00, Romuald Wadagni a levé la main pour prêter son serment constitutionnel, symbolisant le début d’un septennat historique. Les diplomates ont alors noté la présence remarquée des émissaires de Niamey, Bamako et Ouagadougou, témoignant d’une volonté d’ouverture mutuelle, inimaginable il y a peu.

Parmi les figures marquantes de ce bloc sahélien se trouvait le Premier ministre du Niger, Ali Lamine Zeine, accompagné par le ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, et son homologue du Burkina Faso, Karamoko Jean-Marie Traoré.

Dans son discours, Wadagni a souligné sa disponibilité à collaborer avec ses voisins, affirmant qu’aucun pays ne peut faire face seul à la menace terroriste. Il a mis en avant l’urgence d’une coopération renforcée pour la sécurité du Bénin et de la région, soulignant que l’économie du pays, centré autour du Port Autonome de Cotonou, nécessite des canaux diplomatiques et commerciaux avec l’arrière-pays sahélien.

Une main tendue saluée par les dirigeants de l’AES

De plus, cette convergence vers Cotonou renforce les déclarations de campagne de Wadagni, qui avait plaidé pour une approche pragmatique sur les transitions sahéliennes. Il a déclaré :

« Nous devons parler, aborder ces trois défis ensemble, nous n’avons pas d’autre choix. Nous saisirons cette occasion de renouvellement à la tête de l’État pour rétablir les liens avec nos voisins. »

Ainsi, cette main tendue a visiblement été acceptée par les pays de l’AES. En envoyant des délégations officielles à Cotonou, les présidents de transition Ibrahim Traoré (Burkina Faso), Assimi Goïta (Mali) et Abdourahamane Tiani (Niger) reconnaissent le nouveau président béninois comme un interlocuteur crédible et pragmatique, prêt à favoriser la coopération bilatérale.

Un déplacement porteur de stabilité

La visite des délégations de l’AES à l’investiture de Wadagni envoie un signal fort, ouvrant la voie à une stabilisation des relations régionales. Cette présence représente une première étape vers une gouvernance concertée entre Cotonou et ses voisins sahéliens.

Le nouveau président a réitéré l’importance d’une action collective avec l’AES pour la sécurité du Bénin et de la région. Ce déplacement ne se limite pas à une dimension protocolaire : il pourrait inaugurer une nouvelle ère de gouvernance régionale, où le Bénin jouerait un rôle clé dans la stabilisation sécuritaire et l’intégration économique du Sahel.

By Ibrahim