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Dans les dojangs poussiéreux et sur les tatamis des grandes compétitions, certains noms s’imposent comme des références. Maître Boubacar Soumaïla Grantche figure parmi eux. Ceinture noire 3ᵉ dan, arbitre national, maître du club Panamai Tillabéri et sergent au sein des Forces armées nigériennes, il incarne une trajectoire faite de rigueur, de sacrifice et d’une passion précoce pour le taekwondo.
« Tout a commencé en juillet 2000, au club de taekwondo de l’ASFAN, » se remémore-t-il. Élève en CM2 à l’époque, il observe avec fascination les entraînements. Une rencontre marquante avec feu Maître Maazou Karimou a été déterminante pour son parcours. « Il a joué un rôle décisif dans ma vie. Sans lui, mon destin sportif aurait été différent, » dit-il. Malgré des conditions financières précaires, l’encadrement du caporal Lawali Garba lui a ouvert des portes. « Ce geste témoignait d’une confiance précoce en mon potentiel, » souligne-t-il. Dès lors, son engagement dans la discipline ne faiblira plus.
Entre 2000 et 2005, il consolide ses bases techniques et mentales. Au Nigeria, sous la direction du Grand Maître Ferguson Oluiguibo (7ᵉ dan), il connaît une progression remarquable, passant de la ceinture bleue à la ceinture rouge en deux ans. De retour au Niger en 2007, sa progression se poursuit. En 2008, son intégration dans l’armée marque un tournant. « Cette expérience a renforcé mon mental et mon exigence personnelle, » affirme-t-il.
Le 1er janvier 2012, il obtient la ceinture noire 1er dan, suivie du 2ᵉ dan en 2014 et du 3ᵉ dan en 2018, témoignant d’une évolution constante. « En 2018, je me dirige vers l’arbitrage, obtenant le statut d’arbitre national et rejoignant les rangs des arbitres les plus fiables du Niger, » précise-t-il. Invité à Lagos pour le Panamai Championship par son maître Ferguson Oluiguibo, il confirme son niveau international, obtenant une reconnaissance qui transcende les frontières.
Maître Grantche officiant dans de nombreuses compétitions à travers le pays et la sous-région, il est reconnu pour sa rigueur, son impartialité et sa maîtrise des règles. « J’ai participé à un festival international au Nigeria, Agoma, en tant qu’arbitre, » ajoute-t-il. Son parcours incarne les valeurs fondamentales du taekwondo : discipline, respect et persévérance. Dans une région comme Tillabéri, où les modèles sportifs sont rares, sa trajectoire inspire la jeunesse. « Le talent seul ne suffit pas. Seule la détermination transforme une ambition en réalité, » résume-t-il.
Parallèlement, l’encadrement des jeunes au sein du club Panamai Tillabéri est une de ses priorités. Cet engagement a permis l’émergence de nouveaux talents. Lors du championnat régional de Niamey en 2018, l’équipe de l’ASFAN qu’il a encadrée a décroché la troisième place avec cinq médailles, dont trois en or.
Aujourd’hui, tout en étant sergent des Forces armées nigériennes, Maître Boubacar continue de concilier exigences professionnelles et passion pour le taekwondo. Son histoire démontre comment une passion née dans l’enfance peut se transformer en un engagement durable, inspirant une génération tout entière. Dans un contexte où les modèles sportifs sont rares, son exemple illustre que le taekwondo est bien plus qu’un art martial; c’est une école de vie.
Adamou I. Nazirou, ONEP-Tillabéri